lundi 21 mars 2016

Un capitaine d'un autre nom

Par un beau matin de printemps
Au bord du quai de St-Constant
Un groupe d'amis marchait gaiement
En direction d'un bâtiment
Le voyage était préparé depuis des mois,
Même des années. Le temps passe tellement vite, ma foi.

Marianne s'arrêta devant
Une affiche couleur présentant
Grandeur nature, impressionnant,
Le capitaine du bâtiment
Son visage prit soudainement une teinte écarlate
Et puis, telle une bouilloire trop étanche, elle éclate:

-Ah non! Dit-elle! Je n'embarque pas
N'ai pas confiance en celui-là.
Il s'était mis dans l'embarras
Dans une histoire de syndicat
Je ne veux pas être associé à lui du tout
Je préfère rester à quai! Mais allez-y, vous.

-De quoi tu parles? C'est quoi c't'histoire?
Tu ne veux même pas aller voir?
Personne ne te demande de boire
Dans le même verre que lui, ciboire!
Mais bon, d'accord, tu restes ici. Nous, on y va
Et si jamais tu changes d'idée, tu m'appelleras

Daniel ensuite pris la parole
-Je ne supporte pas sa face de troll
C'est la honte de la métropole
Et sa femme est une vraie folle
Il s'est marié publiquement pour vendre des revues
Je n'aime pas cet homme; je n'embarque pas non plus

-Es-tu sérieux? C't'une blague ou quoi?
Elle te fatigue, sa bague au doigt?
Je m'excuse mais il a le droit
D'épouser qui il veut, je crois
Mais bon d'accord, tu restes ici. Nous, on y va
Et si jamais tu changes d'idée, tu m'appelleras

Sylvain demanda l'attention
-Écoutez bien mon opinion
Ce navire part en direction
Autre que notre destination
Il part vers le sud, je veux aller vers le nord
S'il ne garde pas le cap, je reste ici au port

-Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi! Ah non, franchement!
Vous êtes rendus fous, vous tous devenus déments!
Vous boudez un voyage pour des caprices d'enfants.
L'un pour ci, l'autre pour cela, vous m'en direz tant.
C'est croire que ce voyage n'était pas si tentant.
Eh bien moi j'y vais , j'embarque, je pars, je m'y rends.

Le capitaine s'approche des quatre amis, penaud.
"C'est terminé, le voyage est à l'eau
Trop de gens changent d'idée à la vue du bateau
Rêver de voler, libre et fort, comme un héros
Et choisir de ramper lorsque viennent les flots"
"Courage! Dit-il. Un autre capitaine viendra"
Et le train du CN file à côté de moi.

lundi 8 juin 2015

Victor et Victoria

Le bon voisinage est chose complexe, surtout pour la parenté.
Quand l'un agit, l'autre se vexe, et commence donc l'échauffourée.
Même s'ils se connaissent depuis leur tendre enfance,
Même si leurs histoires n'ont plus de secrets,
Il faut bien admettre que l'indépendance
D'esprit fait peur à qui a cerveau maigrelet


Victor se tenait dehors, devant la porte d'entrée de sa maison. Il n'y avait encore jamais mis les pieds, car la porte était placée à 3 pieds, tout juste hors d'atteinte. Il vivait chez sa cousine à côté, Victoria, et payait un loyer généreux comme n'importe quel locataire. En échange, Victoria déblayait l'entrée l'hiver et faisait ramasser les ordures régulièrement.


Victoria aimait bien garder Victor chez elle. Il payait bien, et n'était pas trop dérangeant devant la visite. Il se plaignait bien lorsqu’elle sortait d’une pièce sans fermer les lumières, et faisait la fête au début de chaque été, mais le reste de temps, cousin-cousine co-habitaient amicalement.


Victor voulait trouver une manière d’entrer dans sa maison. Il sortit des billes de bois et les plaça l’une sur l’autre. Victoria sortit de la maison, furieuse: “Tu vas te faire mal! Ne fais pas ça! Les billes de bois vont rouler et tu va te blesser sur le cadre de porte.” Victor rangea donc les billes de bois.


Le lendemain, Victor ré-essaya, mais avec des caisses en bois carrées. Il les empila sous la porte, bien droit, bien solide. Victoria l’observa et intervint à ce moment. “Tu ne penses pas vraiment embarquer là-dessus? Ces caisses ne soutiendront pas ton poids. Rentre donc, j’ai fait le souper pour toi. Ton préféré.” Victor rentra donc chez sa cousine, pendant qu’elle défît les boîtes pour faire du bois d’allumage.


Ce soir-là, Victoria appela les autres voisins des maisons autour en secret. Ensemble, ils décidèrent de barricader la maison de Victor avec des planches et enlevèrent la poignée sur la porte.


Le lendemain, Victor se rendit compte de l’entourloupette de ses voisins. Une partie de lui était flattée, parce qu’il croyait que Victoria l’aimait tant qu’elle ne voulait pas qu’il parte. Une autre partie de lui était en colère parce qu’elle le traitait en enfant, et les voisins qui ne se mêlaient pas de leurs affaires le contrariaient grandement.


Pendant plusieurs jours, voire des semaines, Victor ne parlait plus à Victoria, ni aux voisins. Il payait son loyer et s’acquittait de ses tâches, mais le coeur n’y était plus. À la longue, il oublia presque qu’il pouvait être propriétaire d’une belle et grande maison. Il tenta bien d’en parler de temps en temps à sa cousine, mais à chaque fois elle disait: “Ne parlons pas de cela maintenant. Ne me quitte pas, tu ne pourrais pas survivre seul dans une aussi grande maison.”

Lorsqu’il tond le gazon de sa cousine, parfois il regarde la grande maison, vide, et se prend à rêver.